La genèse, le chemin, les choix de la Troupe
ou trente-huit ans de chances…
Au début de l’an 1988, à ma surprise, j’étais invité par l’organisateur du festival de musique classique de mon village (Louvie-Juzon, dans les Pyrénées Atlantiques) dit « Les Estives Musicales Internationales », à songer à un spectacle théâtral qui trouverait place dans la programmation de l’été 1989. Un été où la France entière fêterait gaillardement le bicentenaire de la Révolution Française… Des crédits seraient lâchés de toutes parts ! Mais, à Paris, je n’étais qu’un acteur à « son propre compte » et je n’avais aucune velléité de mise en scène. De plus, le sujet obligé de la Révolution ne m’inspirait guère. Je déclinais la proposition.
Quelques mois plus tard, alors que j’avais pris le poste de professeur de théâtre dans une école de la capitale, je découvrais une pièce d’Arthur Schnitzler, intitulée Au Perroquet Vert. Elle avait pour toile de fond la prise de la Bastille et racontait l’histoire d’une bande d’histrions aux prises avec la noblesse du XVIIIème siècle… Tiens ! Je l’avais mon spectacle pour mon village ! Et – ô miracle ! – je pouvais, puisant dans le vivier de ma classe, imaginer la distribution des rôles… Je reprenais langue avec le directeur du festival et nous topions ! Voilà comment, inopinément, je venais de créer la Troupe du Théâtre des Loges.
Au mois de mai 1989, elle vivait son premier rendez-vous avec le Public. Parce que je n’avais pas eu les droits d’exploitation de la pièce de Schnitzler, je la rebaptisais, en l’adaptant quelque peu, Le Rideau Déchiré. La fougue, la joie, l’insouciance, la générosité étaient les marques de la Troupe. A-t-on su conserver ces vertus ?
Une fois passé le bicentenaire, sur les conseils d’Antonio Diaz-Florian, mon maître de l’Epée de Bois (Cartoucherie de Vincennes) à qui je dis mon éternelle reconnaissance, j’embrayais sur un nouveau spectacle : Les acteurs de bonne foi de Marivaux. Un titre prémonitoire ? Ma foi, ceux qui nous connaissent en jugeront…
Les années ont suivi et les spectacles aussi. « L’esprit de troupe » nous a pris ; nous l’avons chevillé à l’âme ; on a découvert, je crois, les règles essentielles à respecter, les bagarres à mener pour ne jamais le trahir. Nous nous y appliquons mais la chose est dure, complexe. Le choix des œuvres que nous jouons n’est pas le fruit du hasard mais celui de nos envies, de nos besoins, de notre réflexion, de notre instinct. Le poète demeurant le patron, le guide.
De nombreux spectateurs nous sont fidèles ; nous avons cette chance. Chacun de nos spectacles est ainsi l’occasion de belles retrouvailles. En costume, nous allons dans les rues, sur les marchés, aux abords des terrasses, jusque dans le métro ou les campings, saluer les passants, pour leur dire, quand ils ne les connaîtraient pas, les plaisirs et les bienfaits du Théâtre. Sur ces pavés, sachant son ridicule merveilleux, nous affichons la noblesse du métier. Nous défendons un théâtre sans ambages, affirmé, généreux, jubilatoire. La distraction du Public est notre seul désir.




